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La philosophie de la ziyarat
L’Imâm comme modèle
Le contenu des ziyârat

 

La philosophie de la visite pieuse (ziyârat) dans l’islam et dans le chiisme :
un acte de "présence" et d’élévation

"Ô homme ! Toi qui t’efforces vers ton Seigneur sans relâche, tu Le rencontreras alors." (Coran, 84:6)

Mosquée de KARBALA

Sanctuaire de l’Imâm Hossein à Karbalâ.

Au premier plan : minarets du sanctuaire de Hazrat-e Abol-Fazl, frère de l’Imâm Hossein qui tomba également en martyr à Karbalâ

 

Le chiisme se caractérise notamment par la place centrale qu’il accorde aux visites pieuses aux sanctuaires des Imâms (ziyârat) qui rythment la vie religieuse de tout croyant. De Karbala à La Mecque, de Najaf à Mashhad, la présence de ces lieux saints se fonde sur toute une conception de l’homme et du rapport qu’il entretient avec son Créateur, mais aussi sur une philosophie de la médiation et de la présence à travers la figure centrale de l’Imâm. Aborder la philosophie de la ziyârat consiste également à entrer dans un islam vécu dans la conscience intime de chaque croyant, et à mieux saisir ainsi les motivations profondes de milliers de pèlerins se rendant chaque jour dans les sanctuaires des Imâms et de leurs descendants présents en Iran, en Irak et en Arabie Saoudite. Elle nous invite également à tenter de mieux comprendre les contours de toute une géographie du sacré, selon laquelle le déplacement terrestre n’est qu’un prélude à un voyage d’un autre type, permettant au croyant de se rapprocher dans cette vie même de la destination ultime : "Ô homme ! Toi qui t’efforces vers ton Seigneur sans relâche, tu Le rencontreras alors." (84:6).

Les différents sens du terme ziyârat

La ziyârat au sens général, une tradition vivante dès l’époque du prophète Mohammad

Pour comprendre le sens profond de la ziyârat, il faut d’abord souligner que selon les croyances islamiques, la mort n’est pas considérée comme une absence de vie, mais un "transfert" dans un autre monde : les ziyârat sont donc une visite à une personne vivante. Le prophète Mohammad a évoqué cette réalité en disant que "celui qui rend visite à ma tombe après ma mort est comme s’il m’avait rendu visite durant ma vie"  ou encore, de façon plus générale : "rendez visite à vos morts, car ils se réjouissent de votre visite".

Le Prophète lui-même se rendait régulièrement au cimetière de Baqi’ et à son époque, se rendre sur les tombes des martyrs des premières batailles de l’islam était une chose courante. En outre, de nombreux hadiths évoquent les bienfaits issus des visites aux défunts, mais soulignent plus particulièrement l’importance de la visite des tombes du Prophète et des Imâms. Dans un hadith où son petit-fils Hassan demande au prophète Mohammad quelle est la rétribution de celui qui lui rend visite, ce dernier lui répond : « Ô fils ! Celui qui me rend visite durant ma vie ou après ma mort ou qui a rendu visite à ton père, ton frère ou bien qui t’a rendu visite à toi, je lui rendrai visite de droit et je le délivrerai de ses péchés le Jour du Jugement.¨ » L’Imâm Rezâ évoque un autre bénéfice de la visite à son sanctuaire en ces termes : "Le Jour du Jugement, j’intercèderai pour toute personne parmi mes partisans qui m’a rendu visite en connaissant ma valeur." Au-delà de ces promesses de rétribution, la ziyârat s’appuie sur une philosophie profonde reposant elle-même sur une conception de l’homme dont le but ultime est de préparer son âme à la rencontre avec son Créateur : "Certes nous sommes à Dieu, et c’est à Lui que nous retournerons" (2:156).  En outre, loin d’être en contradiction avec le Coran, la ziyârat est fondée sur un verset d’une grande importance, qui exprime clairement la possibilité et même l’incitation de rendre visite au Prophète – et, selon le chiisme, aux Imâms infaillibles - pour qu’il demande pardon et intercède auprès de Dieu pour les croyants : "Si, lorsqu’ils ont fait du tort à leur propre personne ils venaient à toi [Mohammad] en implorant le pardon de Dieu et si le Messager demandait le pardon pour eux, ils trouveraient, certes, Dieu, Très Accueillant au repentir, Miséricordieux" (4:64).

 

Les fondements de la ziyârat dans le chiisme : l’importance de la notion de modèle dans la construction de l’homme

Contrairement à certaines choses de ce monde qui sont parfaites dans l’état premier où elles sont et doivent être préservées telles qu’elles (c’est le cas notamment de la mer, des arbres…), d’autres réalités acquièrent au contraire toute leur valeur après avoir été transformées, comme c’est le cas de l’or. L’homme peut à ce titre être comparé à une matière première qui se doit d’être construite au travers de son éducation et de l’enseignement qu’il reçoit pour acquérir toute sa valeur. Cependant, selon la pensée islamique, à la différence de l’or, l’essence de l’homme n’est pas fixée dès le départ : il peut ainsi, de par sa libre volonté, choisir de devenir une créature plus élevée que les anges, ou plus basse que les animaux : « Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété. A réussi, certes celui qui la purifie et est perdu, certes, celui qui la corrompt." (91:7-10). Cela explique pourquoi certains versets évoquent le fait que des anges se prosternent devant l’homme, tandis que d’autres font référence à des êtres humains qui "ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore" (7:179).

C’est parce que l’homme est libre qu’il a besoin de modèles desquels s’inspirer pour se construire et donner sens à sa vie. Plusieurs versets du Coran font référence à cette réalité et citent des exemples à suivre, hommes ou femmes : "Certes, vous avez eu un bel exemple [à suivre] en Abraham et en ceux qui étaient avec lui" (60:4) ; "En effet, vous avez dans le Messager de Dieu un excellent modèle [à suivre]" (33:21) ; "Dieu a cité en exemple pour ceux qui croient, la femme de Pharaon" (66:11). La philosophie de la ziyârat trouve ainsi sa source dans une conception de l’homme selon laquelle outre la nécessité de connaissance spéculative et des règles, il a également besoin, dans sa vie spirituelle, d’exemples vivants et de guides qui l’orientent vers la Vérité à laquelle il aspire.

NB : Nous vous convions à consulter les photos de la visite d'une délégation africaine à Karbala dans la rubrique "Faits Marquants"



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